SOCIETE

SOUFFLES… Les vents contraires de la féminité

Samedi 6 Mars 2021 mon père aurait eu 62 ans; Oui je parle assez souvent de lui, ceux qui n’ont plus de père savent pourquoi. Sans le préméditer, à un moment dans cette journée que j’ai choisi de passer avec certains de mes plus vieux amis, j’ai pensé à lui et à ce qu’il m’a offert à sa façon: Le Choix. Et aujourd’hui 8 Mars je pense à ce que je décide d’en faire.

Après le « 2-0 » (football du week-end et/ou tournois de vétérans; l’arbitre central était une femme notons le), il était évident qu’il s’en suivrait une longue 3e mi-temps (repas légers traditionnels et bières évidemment). Nous avons pris plaisir à manger ces repas que nous ne mangeons pas au quotidien, parmi lesquels des mets bien souvent réservés aux hommes et/ou leaders de société traditionnelles mais que moi (en tant que femme et jeune) je pouvais manger et pas les quelques autres femmes présentes dans l’assemblée. C’est souvent à ces occasions simples de la vie courante que je mets le doigt sur le fait que mon parcours en bien des points est différent, sur des choses subtiles que plus jeune je ne comprenais pas vraiment.

Assise à la droite du père, chaque fois qu’on lui préparait un met spécial issu d’un cadeau, d’une reconnaissance de ses interventions, il me servait après lui et disait « Ma fille mange ». Bien souvent je voyais comment était tué ces animaux spéciaux dans un respect et un rituel immuable et cela finissait après dans cette seule phrase. Plus tard, j’ai eu droit aux explications: Les femmes dans nos communautés ne mangent pas certains animaux et quand c’est possible d’en manger, ne mangent pas certaines parties. A l’image du partage de la viande (rare) dans l’œuvre de Birago Diop « L’os de Mor Lam », chacun a droit à sa part, pas en fonction du besoin physiologique, mais bien souvent du rang dont certains critères tournent autour du sexe de l’individu. Toute société se crée des règles pour maintenir la paix sociale et avancer; elle permet aussi à ceux qui ont le savoir, l’autorité, la vision de faire usage de leur pouvoir discrétionnaire pour faire évoluer celle-ci. Mon père a donc usé du sien et choisi de m’initier à quelque chose auquel De Facto je n’avais pas droit; il m’a offert la seule chose qui importe: La liberté de choisir. Pas seulement celle de manger à la cours des grands selon notre paradigme, mais surtout celle de le faire ou pas selon mon cheminement et ma volonté. Il ne s’agit donc pas seulement de nourriture sacré destinée au physique. J’ai, par exemple à ce jour, le choix de me marier ou pas sans avoir la pression familiale. Mais beaucoup de chemin reste à parcourir avant d’être un individu lambda dans les sociétés du monde et même au sein de ma propre famille. Je remercie donc ce mort qui n’est pas mort (poème « SOUFFLES » de Birago Diop) de m’avoir montré l’étendu du possible.

A quoi me sert t’il alors maintenant d’être la seule dans une assemblée à avoir le choix? S’enorgueillir d’être élue? Etre l’exception qui confirme les multiples règles? C’est une forme de pouvoir d’être moi qui m’a été donné d’avoir, qu’est-ce que j’en fais? Comment est-ce que je l’utilise pour mettre la lumière sur ce qui se passe dans le cœurs des femmes sur les tables auxquelles j’apporte ma chaise et je m’assoie désormais?

« Tu es Libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne » — Toni Morrison

Au milieu des mérites comparés des différents Ronaldo est accidentellement ou non venu le sujet des réactions des épouses, de l’éducation des enfants, du rôle et de la place de l’homme. Vous épargnant les détails d’arguments longtemps rabâchés, j’ai retenu deux phrases d’un vieil ami. Dans l’association des femmes de la multinationale où il travaille, lors d’un débat sur l’égalité hommes-femmes en Afrique, il leur avait posé des questions sur leur position et apports dans leur foyer et est arrivé à la conclusion que même pas 10% des femmes à postes et revenus conséquents ne sont prêtes à faire 50-50% lorsqu’il s’agit des charges ou encore de payer le loyer symboliquement dévolu à l’homme. Alors selon lui « de quelle égalité parle t’elles? » Plus tard il dira que « si nos mères ou nos grand-mères n’ont pas porté leur couilles pour changer quelque chose qu’elles jugeaient gênant, pourquoi voulez-vous qu’il soit gêné lui aujourd’hui? »

A t’il totalement tord? Je ne pense pas. Pas totalement raison non plus. Comme je pense que dans cette quête de visibilité de tout les êtres humains chacun cherche sa place et est forcément déstabilisé. Personne ne veut perdre ses privilèges. La manière qu’avait les gens de se construire et de transmettre change et pas toujours pour le meilleur. D’un autre coté la souffrance des unes, sur laquelle reposait une partie du sommeil paisible de certains, est désormais verbalisée, criée et au mieux entendue. Au final, la véritable problématique n’est pas de savoir si moi qui ai le privilège d’user d’internet je sers mon mari à table ou non, mais plutôt de savoir si j’étais né ailleurs aurais-je eu droit à une éducation? à une égalité de chance et de choix? Savoir si je suis prête à « perdre » ce qui pour certains hommes et femmes est un privilège/acquis « se faire entretenir financièrement » en échange de celui de « faire comme je veux » n’est vraiment pas le plus important. Quand nous parlerons d’égal à égal peut-être viendrons nous sur les critères d’un nouvel ordre social et de nouveaux codes qui perpétuent le respect de tous. En attendant pour les hommes comme pour les femmes, si un cailloux est dans ta chaussure quand tu marches et tu ne l’enlèves pas, c’est qu’il arrange tes affaires.

La Féminité selon google est l’ensemble des caractères morphologiques, psychologiques et comportementaux spécifiques, ou considérés comme spécifiques aux femmes. Ils sont liés au sexe ou au genre, et fortement influencés, voire conditionnés par l’environnement socioculturel. Tout est là. A la question « comment être plus féminine? » Tout les magasines te parlerons de la quantité optimale de maquillage, de la bonne fréquence pour se vernir les ongles, du rôle de l’esthéticienne, de la bonne longueur des tenues à porter et parfois meme de la tenue du foyer conjugal. Nos grand-mères et nos mères ont combattu avec les armes à leur disposition les différentes formes d’oppression et d’invisibilisation, comme je n’ai pas manqué de le rappeler à mon ami cité plus haut. Je lui ai demandé si il savait qu’à l’origine le « Bikutsi » était une danse venue des femmes et une façon maligne qu’elles ont eu d’exprimer leur émotions et reproches en contournant le Patriarcat qui leur interdisait toute manifestation et parole? S’il savait qu’en langue Ewondo (en général Béti à qui au Cameroun est attribué la danse) et meme dans ma langue maternelle à moi, « Bi–kut–si » signifie plus ou moins « les coups au sol »? Oui nos ainées ont fait leur part du chemin, à nous de faire la notre.

Qu’est ce que la feminité pour vous? qu’est ce que c’est que d’etre une femme?

Est ce être la fille, La sœur, L’épouse, La mère de? ou encore avoir la bonne jupe, les talons de la bonne longueur, le sourire aguicheur et la pose langoureuse en tout temps? Le stéréotype forgé par une société (culturelle et religieuse) en mutation où les intérêts de tous ne sont pas toujours pris en compte de la meme manière?

Quand vous considérez-vous Femme? et si vos critères ne sont pas remplis, l’êtes vous moins?

« Ne sous-estimez pas la puissance des rêves et l’influence de l’esprit humain. Nous sommes tous pareils dans ce concept: Le potentiel pour la grandeur vit en chacun de nous » –Wilma Rudolph

Nous avons le droit de vivre et de rêver, d’avoir le choix. Le doute chevillé au corps, de dire qui nous sommes et ce que nous voulons, jusqu’au jour où le doute ne sera plus. La beauté et le but de la vie résident dans son évolution vers plus de lumière; les civilisations en témoignent. Créons un environnement social dans lequel la puissance de chacun est loué à sa valeur et surement serons-nous plus proche de notre culture que nous ne l’avons jamais été. La femme aujourd’hui a plus de challenges encore qu’elle ne se l’imagine.

C’est la Journée Internationale des droits des femmes. Mon premier droit est celui de douter, de penser et d’exprimer ma part de vérité. Qui êtes-vous et Quels sont vos droits?

xxx « BIKUTSI » est une des multiples danses traditionnelles du Cameroun, essentiellement des peuples Béti dans les régions du Centre, Sud, Est. Trouvez un petit article sur l’origine du Bitkutsi en cliquant sur cette phrase.

PS: Pour ceux qui ne le savent pas, tout les textes surlignés comportent un lien vers un peu de documentation

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